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Ma grand-mère aura 100 ans en janvier.

  • Photo du rédacteur: Florian Chiron
    Florian Chiron
  • 3 déc. 2025
  • 2 min de lecture

Une femme phénoménale.

Qui, cette semaine, est passée dans le journal* — avec encart à la Une.

* Le Courrier de l’Ouest, lu par tout l’Anjou. Rien que ça.


Ce sont des vies que nous n’avons pas connues.


Père artilleur et instructeur militaire en Russie pendant la Première Guerre mondiale.

Mère décédée en couches quand mémé avait 8 ans.

Sortie de l’école à 12 ans pour aller aux champs : son plus grand regret.

(À lire à vos enfants qui "n’ont pas envie d’aller à l’école"…)


De là vient la phrase :

"Du temps que j’étais chez mon père…" qui lui permet, encore aujourd’hui, d’abréger un débat.

À 14 ans, les Boches débarquent.

À 20 ans, son père décède.


Alors elle "monte" à la ville, devient bonne-à-tout-faire, et rencontre mon grand-père, le cordonnier du quartier.

Qui l’a faite poireauter une heure au premier rendez-vous.

(C’est dire si elle avait déjà de la patience.)


Ce n’est pas une vie sortie de Zola ou Hugo.

Mais ce n’est pas une vie ordinaire non plus.


Mémé ne se plaint jamais.

Même quand elle souffre.

En 2019, elle est venue à Francfort pour mes 40 ans : 80 invités, grosse fête, belle ambiance.

Elle avait un genou en vrac, mais elle a fait 900 km en voiture.

Sans prévenir son médecin, évidemment.

Après coup, il lui a dit : "Je vous aurais interdit le déplacement."

Elle a répondu : "Bien sûr. Pour ça que j’ai rien dit."


Elle serre les dents et ne pleure pas à la moindre contrariété. Une autre époque, je vous dis.


Deux de ses phrases me suivent partout :


• "J’ai rin dit mais j’me suis songée" (patois angevin)

Quand on voit un problème arriver chez quelqu’un, mais qu’on choisit la discrétion et le tact.

Et la maîtrise des émotions.


• "J’avais vu ça d’ma fenêtre"

Prononcé des semaines/mois/années plus tard, quand le problème finit… exactement comme elle l’avait prévu.

Presque un dicton d’économiste.


Sentir les choses, sans intervenir.

Laisser couler la vie.

Ainsi est ma grand-mère.


Tout le reste, vous l’apprendrez dans l’article.

Une femme ordinaire, engagée, aimante, au service des autres.

Comme il en existe des milliers.

Et pourtant, totalement unique pour nous.


J’ai la chance immense de l’avoir encore.

Là où beaucoup sont parties trop tôt.


Alors en 2026, ce ne sera pas une fête.

Ce seront deux.

Avec dictons, famille, et vin d’Anjou.

Comme d’habitude.



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